Comme le temps passe, de Robert Brasillach, récemment réédité aux éditions des 7 Couleurs, est un acteur clé du roman de Francis Bergeron Le Hussard remonte le temps (Auda Isarn, novembre 2024).
P.21-22 :
Il n’y avait pas que son parfum qui m’avait attiré. Sa silhouette de liane m’avait littéralement fait fondre. J’avais essayé de la suivre discrètement du regard, dans les allées du salon. Je m’étais arrêté au stand du libraire Eric Fosse, attiré dans une édition de Notre avant-guerre, avec un joli envoi daté de 1944 à Germaine. Le libraire avait précisé entre parenthèses au crayon de papier qu’il s’agissait de Germaine Blond, le livre provenant de la vente de la bibliothèque de Germaine et Georges Blond, ami de jeunesse de l’écrivain, et eux-mêmes écrivains.
Je feuilletais le livre, quand soudain je sentis à nouveau ce parfum. Elle était derrière moi.
– Vous aussi ? Brasillach ?
– Oui, en effet. Brasillach, et tous les maudits, d’ailleurs. Vous l’avez lu, celui-ci ?
– Bien entendu, mais en édition de poche.
– Est-ce que vous vous prénommez Germaine ?
Elle rit. Son rire, ses dents blanches, ses fossettes… Mon estomac était noué instantanément.
– Non, je m’appelle Sophie.
Je ne sais pas ce qui m’a pris. Ou plus exactement j’ai compris trop bien :
– Permettez-moi néanmoins de vous offrir cette édition-là.
Elle avait légèrement rougi. Malgré ses protestations, je le lui ai mis entre les mains, réglai Eric Fosse, et l’entraînai vers la buvette.
P.75-76 :
Cette nuit de noce, nous avions décidé d’en faire notre nuit de Tolède à nous. Je connaissais le texte de Brasillach presque par cœur, l’ayant découvert à seize ans, dans les premiers émois post-adolescents […]
Je m’efforçais de calquer mes gestes sur ceux décrits par l’auteur de Comme le temps passe.
[…]
Ces textes, mes parents me les avaient fait lire, c’est d’ailleurs la seule « éducation sexuelle » dont j’ai bénéficié. Sophie m’avait arraché des mains le livre, l’avait jeté à l’autre bout de la chambre, riant de l’exercice imposé, tremblant aussi de ce désir qui nous bouleversait tous deux.
– Au diable la littérature ! Montre-moi ce que tu sais faire, mon beau chevalier !
Et ce fut notre nuit de Tolède.




