« Cet acharnement à mettre en péril l’essentiel, pour ne pas complaire à Le Pen et à sa mouvance, vient sans doute
de beaucoup plus loin. Il me semble qu’on peut faire remonter la peur panique des ravages que cause une pensée libre, des écrits et des paroles sans contrôle, au nazisme, aux errements des
intellectuels au cours de cette période terrible, à la prise de conscience que les mots pouvaient être des armes et le langage une machine de guerre. Sans vouloir forcer le trait, l’une des
conséquences que l’esprit démocratique a tirées du génocide, de la résistance, de la collaboration et de la neutralité majoritaire du peuple français a été qu’il n’y a plus de pensée innocente
dans le domaine de la politique et de l’analyse sociale, que derrière l’apparente sérénité de toute phrase, dans un certain contexte, se cachent les pires démons. Brasillach, lorsqu’il écrit
certains de ses articles, n’est plus un intellectuel lunaire, un romancier délicieux mais un combattant qui milite pour la barbarie, le journaliste politique conjuguant, dans son propos, la
violence léchée de la forme et la violence âpre du fond avec l’environnement meurtrier et tragique qu’elle vient stimuler. La leçon fondamentale retenue par le siècle précédent, à la suite des
horreurs de la Seconde Guerre mondiale, peut se résumer au fait que presque plus rien n’est dicible, que tout est virtuellement dangereux et que laisser la liberté de chacun suivre son cours sur
le plan de ce qui structure un État et une société serait proprement criminel.
» L’apocalypse d’hier a été provoquée par un dévoiement de l’esprit et par le totalitarisme du Mal sous toutes ses
formes. L’obsession depuis 1945 a été d’apposer le totalitarisme du Bien sur tout ce qui désirait penser et s’exprimer librement sur les thèmes « dangereux » risquant de mettre en branle à nouveau
un infernal processus. »
(Philippe Bilger, J’ai le droit de tout dire !, Monaco,
Éditions du Rocher, juin 2007, p.42-43).




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