Laurent Dispot intitulé « Sarkozy Fan Tutte : rupture avec l’homophobie », « réactualisé » sous le titre « »Garçon » n’est pas « petit garçon »… Pédé n’est pas pédo », sur le site Internet de
La Règle du jeu :
Être homo n’est pas une excuse : le cas Bernard Faÿ
Sous l’Occupation, Bernard Faÿ s’était spécialisé dans l’antimaçonnisme viscéral associé à l’antisémitisme. Nommé
directeur de la Bibliothèque nationale à la place de Julien Cain, qu’il fit déporter pour cela à Buchenwald comme Juif, il avait ses entrées à l’Hôtel du Parc à Vichy, où résidait Pétain, qu’il
distrayait par son érudition. Pendant quatre ans, s’installant au siège du Grand Orient, il allait s’investir avec une violence maniaque dans un rôle d’inquisiteur contre les maçons, dont
beaucoup lui « doivent » l’exclusion de leur emploi, la saisie de leurs bibliothèques pour les expédier en Allemagne, leur déportation, leur exécution. Il se vantait de contourner l’ambassadeur
de Hitler à Paris, Otto Abetz, pour « travailler » directement avec les SS, plus « expéditifs ». Publiant dans La Gerbe des textes qui font gerber, expert en publication de listes de
maçons qu’il dénonçait aussi comme Juifs, il exerçait au passage des vengeances personnelles et perquisitionnait dans les loges, assisté de son élève, chauffeur et compagnon sexuel, Gueydan de
Roussel, traducteur de Carl Schmitt, assidu des locaux de la Gestapo avenue Foch, cofondateur du “Cercle aryen” en 1943 avec Henri Coston. A la Libération, Gueydan réussit à fuir en Argentine et
à investir dans une vaste hacienda les bénéfices de ses saisies. Son patron Bernard Faÿ, arrêté, est condamné à mort ; sa peine commuée en perpétuité est grâciée dans une fournée
imposée au président Coty en 1959. En 2009, au cinquantenaire de ce geste au moins contestable, voici qu’un courant se manifeste pour la « réhabilitation » du criminel définitif Bernard
Faÿ : le présentant avec une étrange ferveur apologétique comme un moderne, un proustien, un Américain, et bien sûr… un homosexuel – comme si tout cela changeait quoi que ce soit à ses
crimes. Devant une telle exaltation, il faut témoigner d’une détresse, d’une mise en danger de l’antinazisme, et par là de la morale de la République. Donc de son moral.
De Gaulle ne fut pas d’avis que Brasillach aurait été moins coupable parce qu’homosexuel : ce pronazi français avait
insisté pour que les enfants juifs fussent envoyés avec leurs parents à la mort dans les camps et les chambres à gaz. Il n’avait cessé de harceler les lecteurs de sa feuille collaborationniste
Je suis partout avec son exigence de voir exécuter Georges Mandel : après que celui-ci ait été assassiné par des sbires de la Milice se sentant dûment autorisés et mandatés, rien
d’étonnant à ce que le Général ait tenu Brasillach pour responsable. En mars 2009, le centenaire de sa naissance en mars 1909 n’a même pas été remarqué. Son compagnon sexuel et beau-frère de
façade, le nazi français Bardèche, était parvenu après 1945 à passer entre les mailles du filet de la justice, comme le nazi français Bernard Faÿ. Et aussitôt il avait entrepris de mettre au
point le déni de la destruction des Juifs d’Europe : il a été le premier promoteur du négationnisme, puis son animateur obstiné, acharné. Cela est-il excusé par le fait qu’en parallèle il
publiait des livres sur Balzac, Stendhal, Flaubert, Proust ? Et rééditait une Histoire du cinéma cosignée avec Brasillach ? Bien sûr que non.
Au contraire. Il s’agit d’une technique révisionniste : l’acceptabilisation. La mise en place d’un système de
blanchiment d’idéologie sale. L’homosexualité sert ici de lessiveuse, à cause d’un préjugé “favorable”, d’indulgence amusée, dont elle bénéficie, et qui est en réalité du mépris. Déculpabiliser
Faÿ équivaut à une attaque frontale, violente et vicieuse contre l’antinazisme. Et contre l’homosexualité, puisqu’elle est compromise, manipulée dans l’opération, présentée comme si elle le
parait, aux deux sens du terme : le décorait (prestige, esthétique, dandysme), et le protégeait (cuirasse, immunité, excuse).
À quoi bon Guy Môquet, si Bernard Faÿ l’égale ? Réhabiliter Faÿ, c’est habiliter Bardèche, donc le négationnisme.
C’est franchir la ligne jaune de la complicité avec le crime contre l’humanité ; jaune, c’est le cas de le dire : comme l’étoile de même couleur. Ce n’est pas parce
qu’ils étaient homos que Faÿ et Bardèche ont été nazis : puisque des homos étaient en face, tel le bras droit de Jean Moulin à la tête de l’Armée secrète, Daniel Cordier alias « Caracalla »,
qui répète en 2009 à la parution de ses Mémoires qu’il a toujours été homosexuel. Mais à l’inverse, ce n’est pas non plus parce qu’ils étaient homos que Faÿ et Bardèche auraient été «
moins » nazis pour autant.
Il faut choisir le genre Cordier contre le genre Faÿ : voilà le vrai
gender.


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