L'autre blessure, plus douloureuse encore, c'est le refus par de Gaulle de gracier Robert Brasillach. Pendant huit jours, Anouilh-le-secret, Anouilh-le-timide s'en va quémander les signatures de ses confrères. II en obtiendra quelques-unes, mais essuiera aussi bon nombre de refus. De ce porte-à-porte, le jeune homme reviendra vieux. Le 6 février, il se promène rue de la Michodière en compagnie de son ami Pierre Fresnay quand il apprend par le journal l'exécution du normalien «au gros regard étonné derrière de grosses lunettes».
-Il va falloir, dit-il, qu'à notre tour nous dressions nos listes…
-Oh! non, proteste Fresnay, pas nous!
-Les listes de ceux à qui nous ne serrerons plus la main! complète Anouilh.
Cette période lui a inspiré une pièce Pauvre Bitos. Portrait, terrible, d'un épurateur qui se projette en Robespierre l'espace d'un dîner de têtes.
("Archives" du Figaro, 2 octobre 2017 : "Mars 1986 : les ultimes confessions de Jean Anouilh au Figaro Magazine")




