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Pourquoi ne pourrait-on fusiller que les imbéciles ?

by R. B. / vendredi, 03 juillet 2009 / Published in Actualités


Vient de paraître, aux éditions Lucien Souny, un livre sur Les Grands Procès de la Collaboration, dans lequel
Roger Maudhuy consacre à un chapitre à l’auteur des Poèmes de Fresnes : « Robert Brasillach ou pourquoi ne pourrait-on fusiller que les imbéciles ? »
(p.81-104).

Bien qu’un effort de documentation ait été accompli, dont attestent quarante notes, et que Roger Maudhuy reconnaisse d’emblée le « talent
incontestable » de l’écrivain (p.81), il n’est pas parvenu à se déprendre de toutes sortes de lieux communs, approximations, incohérences, traficotages des textes, litotes partisanes,
anachronismes, niaiseries, voire affabulations, donnant ainsi un assez bon résumé des idées reçues sur Brasillach :

– si Roger Maudhuy admet que Brasillach n’était pas vénal, c’est pour le distinguer de Béraud, qui « s’était
enrichi durant l’Occupation » (p.86), alors que ce dernier n’eut aucun contact avec les Allemands (sinon par l’intermédiaire de ceux qui pillèrent sa maison) et que son enrichissement fut
continu des années vingt aux années quarante, grâce à son double Goncourt, à sa renommée et au grand succès de ses romans, reportages et pamphlets ;

– il insiste sur l’édulcoration des écrits de Brasillach par Bardèche dans les Œuvres complètes alors qu’une
phrase qu’il qualifie de « terrible » (p.97) s’y trouve bien ;

– cette fameuse phrase est bien entendu tronquée, comme d’habitude, l’indication d’une coupure ne la rendant guère plus
honnête : « se séparer des Juifs en bloc et […] ne pas garder de petits » ;

– la libération de Brasillach en 1941 par les Allemands est expliquée par la volonté que les Nazis auraient eu de le
voir se mettre à leur service, à l’exclusion de toutes autres raisons (or, il y en a !) ;

– il juge les romans de Brasillach d’ « une sentimentalité mièvre à pleurer » (p.93) et cite une
critique de la Nouvelle Revue française (n°233, 1933) parlant d’ « ineffables naïvetés », pour mieux nous asséner un peu plus loin les siennes propres :
« Aucun homme n’est entièrement mauvais » (p.98) ;

– « C’est par un ami que Brasillach apprend qu’à Sens on a arrêté sa mère. Elle est en prison, parce qu’elle est
la mère d’un collabo. Bardèche et sa femme, la sœur de Brasillach, sont aussi emprisonnés. Ce n’est pas très juste, mais c’est ainsi » (p.98) ; on ne peut dire moins ! (au moins
Roger Maudhuy ne nous gratifie-t-il pas de l’admirable « les Miliciens avaient fait pire » de Jean-Jacques Brochier) ;

– autant Roger Maudhuy se montre extrêmement scrupuleux pour déclarer nulle et non avenue toute hypothèse historique ne
lui convenant pas, sous prétexte qu’elle ne repose pas sur des preuves certaines (par exemple à propos d’une photo de Brasillach qui aurait figuré dans le dossier d’instruction et qui aurait
dissuadé De Gaulle de le gracier ou à propos de la volonté de l’URSS et de ses collabos français de faire payer à Brasillach son reportage sur Katyn), autant il se répand en large et en travers sur l’homosexualité supposée de Brasillach, en la considérant comme certaine (« tout indique que
Brasillach est un homosexuel », p.90), alors qu’il admet plus loin qu’aucune preuve ne peut étayer sa reprise de tous les ragots circulant à ce sujet – contradiction dont il ne parvient à
se sortir qu’au moyen de la thèse psychanalytique à deux balles du refoulement (« un homosexuel – honteux, refoulé et donc d’autant plus dangereux et mal dans sa
peau ») ;

– « […] il a choisi de se cacher dans Paris. La mort de Bremer continue de le hanter » (p.98) ; sans
commentaire…

À tout le moins l’auteur a-t-il la courtoisie de remercier (p.375) « l’Association des Amis de Robert Brasillach,
qui [lui] a transmis un fort dossier de coupures de presse dans lequel ils ont eu le fair-play de mettre aussi les articles défavorables à l’écrivain ».

Mais, soit dit en passant, cela va à l’encontre de la « campagne de réhabilitation » que Roger Maudhuy croit
déceler « aujourd’hui », sans donner l’amorce du début d’un fait pouvant corroborer cette affirmation. Les ARB existent depuis soixante ans et, dussent-ils demeurer à peu près les
seuls à encourager une meilleure connaissance de l’œuvre de Brasillach, ils ne se priveront pas de persévérer !

PMH.

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