Extrait d’un article paru dans Le Figaro Magazine du 14 juin 2011 :
« Longtemps jugés infréquentables pour leurs engagements coupables
durant la Seconde Guerre mondiale, Céline, Drieu La Rochelle, Brasillach et Rebatet font leur grand retour en librairie : rééditions, biographies, analyses fouillées de leur oeuvre… La
polémique n’a pas fini de faire rage.
Philippe Bilger est un homme de loi célèbre. Ses réquisitoires contre Maxime Brunerie, « le gang des barbares » ou Emile Louis sont dans
toutes les mémoires récentes. Sa défense d’Eric Zemmour, aussi. Sa soif de justice a une origine précise : la condamnation de son père à la Libération pour faits de collaboration. Il l’estime
aussi injuste que celle qui envoya au peloton d’exécution l’auteur de Notre avant-guerre et des Sept Couleurs,le 6 février 1945, au terme de… vingt minutes de délibérations. « Vingt minutes
seulement pour déterminer la responsabilité du journaliste Brasillach, de l’intellectuel Brasillach: c’est honteux », s’insurge Bilger *. Qui refait le procès, comme certains refont le match, sans
occulter le moindre texte infamant de son « client », sans nier la trahison du clerc, mais dans une approche nouvelle : globale, technique, dépassionnée. Tout le reste n’est que littérature ?
Justement : si le romantisme ouaté des romans de Brasillach vieillit mal (quoique aucun adolescent ne puisse rester insensible à la chaude sensualité de « La nuit de Tolède », dans Comme le temps
passe), ses critiques littéraires, ses analyses pointues de romans contemporains, du théâtre français et des poètes grecs demeurent des merveilles. Son Corneille, régulièrement réédité par les
Editions Fayard, est un chef-d’oeuvre d’intelligence. Et son ultime hommage à André Chénier, en février 1945, le plus poignant des poèmes autobiographiques :
Debout sur le lourd tombereau,
A travers Paris surchauffé,
Au front la pâleur des cachots,
Au coeur le dernier chant d’Orphée,
Tu t’en allais vers l’échafaud,
O mon frère au col dégrafé (…). » JEAN-CHRISTOPHE BUISSON
* 20 minutes pour la mort. Robert Brasillach: le procès expédié, de Philippe Bilger, Editions du Rocher, 162p., 17,90 €
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