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« Les Bérénice : Racine, Corneille, et Brasillach, hélas »

by R. B. / dimanche, 17 septembre 2017 / Published in Actualités

Du 28 février 2018 au 30 mai 2018

Séminaire de Marc Escola

Université de Lausanne

Les Bérénice. Racine, Corneille, et Brasillach (hélas)

Séminaire avancé, semestre de printemps

Mercredi, 13h15-15, Université de Lausanne Anthropole 5125

Au terme d’une compétition dont les termes n’ont jamais été vraiment éclaircis, la Bérénice de Racine et le Tite et Bérénice de Corneille furent créés à quelques semaines d’intervalle sur deux théâtres parisiens concurrents (1670). Dans un article qui a fait date, G. Forestier a pu montrer que, loin de traiter le même épisode de leur source commune — le récit par l’historien latin Tite-Live du renoncement de l’empereur romain Titus à l’amour d’une reine étrangère, « malgré lui malgré elle » (invitus invitam) —, les deux pièces dramatisent deux « retours » distincts de Bérénice auprès de Titus, si bien qu’on peut envisager les deux drames comme des épisodes successifs d’une manière de saga : Tite et Bérénice commence où s’achève Bérénice.

L’histoire ne devait pas en rester là : il s’est trouvé un troisième dramaturge pour porter à la scène un nouveau retour de la reine de Palestine, et affabuler un dénouement susceptible d’interdire une quatrième saison. Cette « solution finale », on ne la lit pas sans frémir sous la plume de l’écrivain antisémite Robert Brasillach, qui consacra à la « juive » Bérénice quelques-unes de ses nuits de veille lors de la « drôle de guerre » (été 1940) pendant son séjour comme prisonnier de guerre dans un camp allemand .

Peut-on seulement lire cette ultime Bérénice ? Le texte publié en 1944, dans l’une de ces revues parisiennes appelant ouvertement à la « collaboration » avec l’occupant nazi, n’a pu circuler ensuite, à dater de 1954, que dans une version non pas expurgée mais édulcorée au bénéfice de quelques interpolations décidées par le beau-frère de Brasillach : le critique Maurice Bardèche, spécialiste reconnu de Balzac et Stendhal, un temps enseignant à la Sorbonne avant d’être radié de l’enseignement. Et c’est en Suisse que la pièce fut finalement créée, par le Comité des Arènes d’Avenches (1957).

On ne prétendra pas tirer de l’oubli cette troisième Bérénice et on n’entreprendra en aucun cas de réhabiliter l’œuvre du seul écrivain français fusillé à la Libération. On se demandera plutôt quelle doit être la tâche de l’histoire littéraire et quel peut bien être le discours de la poétique lorsqu’on s’attache à pareille variante d’un sujet dramatique, et aux variantes de cette variante.

(source : www.fabula.org/actualites/les-berenice-racine-corneille-et-brasillach-helas-lausanne_80740.php?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter)

 

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