Dans son éditorial du 29 avril 2009, reproduit
ci-dessous, le directeur de Libération, Laurent Joffrin, à propos d’un procès en cours, parle de la « Peste » que représenterait Youssouf Fofana, « accusé de l’assassinat,
en 2006, avec actes de torture et de barbarie, d’Ilan Halimi, 23 ans », même s’il n’est « certes » pas « Drumont ou Brasillach ».
Il faut d’abord se débarrasser d’une fable : l’assassinat d’Ilan Halimi ne serait pas
vraiment antisémite. On aurait affaire à un crime crapuleux, comme tant d’autres, motivé par l’appât du gain, comme si souvent. Thèse scandaleuse. Si ce crime n’est pas antisémite, qu’est-ce
qu’un crime antisémite ? Ilan Halimi a bien été enlevé, séquestré, torturé, assassiné, parce qu’il était juif. Certes Fofana n’est pas Drumont ou Brasillach. Nulle théorie, nulle idée, nul
raisonnement, dans ce «cerveau des barbares», selon le terme qu’il emploie lui-même. Mais un ramassis de clichés, un assortiment de réflexes, un air du temps, en un mot, qu’il a
incorporé dans sa trajectoire criminelle. Tous les Dieudonné du pays devraient y réfléchir, s’ils le peuvent : cette peste toujours renaît, toujours cette figure du bouc émissaire sert d’exutoire
aux difficultés sociales. La mémoire serait donc vaine ? Le combat contre les préjugés meurtriers, en tout cas, est un travail de Sisyphe.
Encore faut-il appliquer les remèdes adéquats. Les bons sociologues nous le disent : il y a – hélas – plusieurs
antisémitismes en France. Celui-là est populaire et informe, distinct de celui de l’extrême droite, différent de certaines dérives d’extrême gauche. Il n’est pas seulement «le socialisme des
imbéciles». Il est aussi le populisme des parias. Dans l’exclusion des cités, dans le racisme qui frappe les minorités, dans le désespoir social, la vieille peste trouve un milieu favorable. La
justice en jugeant le crime juge un effet. C’est son travail. La République pour extirper le mal, doit s’attaquer à ses causes.


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